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Appel à écriture pour un dossier « hors série »
Le présent appel à écriture de la Revue ASPECTS soutenue par l’Agence universitaire de la Francophonie s’adresse à l’ensemble de la communauté universitaire francophone : chercheurs, enseignants et étudiants des établissements d’enseignement supérieur et des centres de recherche utilisant le français comme langue de travail et de communication.
Thème du dossier « hors série » :
La Déclaration universelle des droits de l’homme a-t-elle encore un sens ?
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 a marqué un grand moment d’espoir et d’optimisme dans le monde, celui des dictatures vaincues, des maltraitances dénoncées, des génocides et des traitements inhumains ou dégradants jugés et punis.
Avec la Charte de San Francisco, elle fait signe vers une ouverture du monde à un nouvel esprit, une nouvelle éthique, une nouvelle universalité, quasiment une nouvelle humanité. C’est, pour tous, individus, États, groupes sociaux, une nouvelle ère qui devait commencer, fondée à la fois sur des idéaux et des impératifs : la souveraineté des Etats et le principe de non-intervention dans les affaires intérieures, la paix, par la mise hors-la-loi de l’utilisation de la force et le devoir de régler pacifiquement les différends, la liberté, dans toutes ses dimensions, individuelles et collectives, de pensée et d’action, de conscience et de religion, l’égale dignité des personnes et des peuples, notamment l’égalité entre les hommes et les femmes, les races et les couleurs, les civilisations et les cultures, enfin le droit au bonheur et à l’épanouissement personnel, grâce aux droits économiques et sociaux.
Cette déclaration universelle des droits de l’homme a constitué, pour les années futures, le programme et la perspective d’action des instances internationales et des Etats. En effet, elle fut suivie par un certain nombre de conventions internationales générales concrétisant ses promesses, comme les pactes de 1966, la Convention sur la prohibition des traitements cruels et inhumains et dégradants, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. C’est par le travail conjugué de l’organisation des Nations unies, de l’Unesco, de l’Unicef, de l’Organisation internationale du travail, du Comité des droits de l’homme et des comités institués par les Pactes que les promesses se concrétisèrent pour devenir cette morale universelle qui plane aujourd’hui sur le monde entier.
L’O.I.F. a apporté une contribution de premier ordre à la consolidation de cette éthique, notamment par l’adoption de la Déclaration de Bamako, du 3 novembre 2000 suivie de la Déclaration et du plan d’action de Cotonou (juin 2001). La démocratie, l’Etat de droit et la garantie des droits de l’homme en sont les éléments clés.
La force morale de la Déclaration universelle est tout d’abord attestée par les progrès incontestables des droits de l’homme dans le monde, notamment la fin de l’apartheid, la mise sur pied de juridiction pénale internationale pour juger les crimes contre l’humanité, la progression des processus électoraux et des mécanismes démocratiques, la généralisation de la conscience universelle des droits de l’homme, à travers les médias et les organisations non gouvernementales internationales et nationales. Mais cette force morale se concrétise également par le fait que chaque État se trouve aujourd’hui obligé de se situer, peu ou prou, par rapport aux promesses de la Déclaration et que cette dernière ne peut plus faire l’objet d’une négation publique assumée.
Cependant, d’un autre côté, l’évocation de la déclaration universelle prête, pour certains, à sourire. Il est en effet facile de démontrer que l’idée du progrès découlant de la Déclaration a débouché, en réalité, sur une immense déception et des frustrations de toutes sortes.
La souveraineté demeure un mot creux. La puissance, souvent exercée sans esprit de justice ni rationalité reste le critère déterminant de l’action et de la diplomatie internationales. La politique des deux poids et deux mesures anime l’action des grandes puissances. La liberté se trouve partout bafouée. L’inégalité économique, culturelle et sociale, entre les peuples, les races, les sexes, les classes fait obstacle à cette promesse de l’égale dignité. Les dictatures conservent une santé à toute épreuve et pour toute démocratie, nous n’avons souvent affaire qu’à des mensonges démocratiques de grande ampleur. Les Etats exportateurs de démocratie démontrent qu’ils sont loin de constituer une référence fiable, un idéal ou un ensemble de normes crédibles. La torture, le harcèlement, les atteintes graves à l’intégrité, aux biens, au domicile, à la correspondance constituent encore des modes habituels de gouvernement. Les catastrophes humanitaires se multiplient.
Dans ces conditions, une remise en cause de la promesse fondamentale de la Déclaration universelle a remplacé la conviction et la foi dans le développement des droits de l’homme qui a précédé la deuxième guerre mondiale.
La Déclaration a-t-elle encore un sens ? Poser une telle question, c’est peut-être oublier que le véritable humanisme, c’est de compter avec cette lenteur de l’humanisation de notre univers. L’esprit de justice est d’une lenteur accablante. C’est ce qui rend la défense et la promotion des droits de l’homme encore plus exaltantes, encore plus méritoires et nécessaires.
Yadh Ben Achour
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